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signe graphique des Dogons, baptisé « dessin qu’ont trouvé les ancêtres » qui peut être un peigne ou une bouche avec deux rangées de dents séparées par les lèvres

Résidence de recherche et création

Frsh (recherche d’un objet dans une poche)

Soto Labor et Nadjim Bigou-Fathi

salle de la Cité, Rennes


  • un fond fuchsia jusqu’au premier tiers sur lequel s’impose la lettre « T » suivi d’une limite stricte imposée par un gris presque chromé. On aperçoit quelques tuiles en terracotta

Toute assignation fonctionne comme un postulat formulé a posteriori.

  • le bras droit parallèle au sol, la paume tourne dans le sens horaire de manière frénétique

Sur les choses ― coude pli vif  90°-33° / main formant un cercle à pointe ― sur le monde, sur autrui. Une rétroprojection depuis un point de vue propre, située dans le temps et l’espace, nécessairement partielle et partiale.

  • main fouettée

On nous dit que l’empire est beau, que l’État est grand ― deux bras ouverts à l’unisson / mains ouvertes puis se resserrant jusqu’à être tendues et parallèles face à l’autre ― que la mer est bleue. J’ai plongé ma tête sous l’eau pour étouffer les ritournelles totalisantes ― doigt pointé et accusateur « mais cela derrière »― et j’ai perçu ici que ma jambe gigotait là. Lasse de n’être qu’un instrument de déplacement, elle s’efforçait dans un sursaut de rappeler à mon corps qu’il peut se raconter, se déterminer et vomir les carcans. Te rappelles-tu ces mots policiers ? « Circulez, y a rien à voir ! » Ces mots s’emparent du monde, l’assujettissent et dessinent l’ordre dominant. Ils tirent sur la corde, dirait un pendu.

  • quelqu’un passe sans prêter attention. Cette personne n’existe pas. C’est une chaise

Cette résidence de recherche vise à ouvrir une conversation. On veut du sang ― son indescriptible / les mains pourfendent l’air vers la foule ― des cris, des clameurs ! On veut des caresses, des murmures, des chutes ! Que nos doigts pointent là, que nos regards dévient, que nos affects s’accrochent. Je dois avouer que je ne sais pas bien par où commencer ?

  • mains ouvertes 45°/ bras à demi-tendus  » not you bb »

Y a-t-il un commencement ? Hier nous avons discuté et j’ai senti que demain nous y reviendrions. Ah, j’oubliais ! Ai-je omis de dire qu’en fait cette histoire n’a jamais commencé ?

  • l’interlocuteur acquiesce en continu, empathique face à son agitation nerveuse

Faut-il insister ? Elle se poursuit certainement, entre le martini, les tribulations d’un mollusque démiurge, l’agitation houleuse d’un faux chef d’orchestre et l’allant érotico-politique d’homosexuels noirs. Ne vous méprenez pas, rien de tout ça n’est vrai.

  • les mains s’apaisent et se rangent dans les poches de son long manteau d’hiver

  • ♪ les violons se réveillent / les claves sont lentement caressées / quelqu’un fredonne « tu me détestes n’est-ce pas » ♪

La juste manifestation n’existe pas. Le monde n’existe que par sursauts, en fragments. En parler oui, tisser un canevas oui, mais je tirerai bientôt sur le fil pour que seules subsistent les traces qui s’ouvrent au partage.

  • comme une évidence ― Je suis le chanteur, le conteur, la rumeur. Je suis le chanteur, le conteur, la clameur.

Frsh (recherche d’un objet dans une poche) est pensé comme un espace d’expérimentation performatif pour réfléchir à l’imbrication entre trois couples de notions : chant/parole, danse/geste et annotation/partition. Le temps de cette résidence sera dédié à la fabrication d’outils méthodologiques et mnémotechniques visant à faciliter la mise en récit d’histoires et leur interprétation dissonante mais contigüe.



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Soto Labor

né en 1993

vit et travaille entre Rennes et Paris

page documents d’artiste Bretagne

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Nadjim Bigou-Fathi

né en 1990

vit et travaille entre Narbonne et Bruxelles