« La sculpture démarre au sol », « rendre le poids visible », « la sculpture dit où l'on doit se mettre ».*
Rapport fondateur au sol, poids, densité et pesanteur, équilibre et tension, positif et négatif, construction de l'espace, mouvement, déplacement et point de vue du spectateur sont quelques-uns des énoncés essentiels de la sculpture qu'explore l'artiste.
« Les sculptures renvoient à d'autres sculptures ».
Ancrées dans l'histoire récente, celle du minimalisme, ou plus classique avec les figures de Brancusi ou de Rodin, ses œuvres revendiquent leur appartenance à une mémoire de la sculpture tout autant qu'à une expérience physique de leur présence ici et maintenant. Aussi les deux Solides plastiques, pièces inédites, réalisées durant l'été 1998, renvoient-elles au couple positif-négatif, sous une forme quelque peu énigmatique : un volume de bois peint supporte un tas d'argile qui est en fait l'état informe du modelage de terre dont la structure en bois serait l'armature.
Selon un angle similaire, la Bacchanale, pièce plus ancienne mais ici présentée pour la première fois sous cette forme, est constituée de la superposition d'un socle en plâtre et du coffrage démonté qui lui a servi de moule. Cependant, les armatures de métal de chacune des parois de plâtre instaurent un espace de vide entre les plaques, qui amène une dimension d'apesanteur et de flottement.
« L'espace qui existe, c'est l'espace entre les pièces ».
Associées aux sculptures, les photographies dont la pratique remonte à 1977 et qui n'étaient à l'origine présentes que sur le mode documentaire ou dans les catalogues, figurent ici comme une part essentielle du travail. Elles sont à la fois une manière d'arrêter le regard, « il y a une coupe dans le réel », de privilégier un point de vue, mais aussi une matrice de travail pour Didier Vermeiren – voir l'usage exemplaire fait par Brancusi ou Rodin – qui a organisé certaines installations à partir de ses prises de vues.
Cette exposition fait écho à d'autres moments de rencontres avec le travail de Didier Vermeiren, suscités par le Frac Bretagne, notamment l’exposition au Centre d'art du Domaine de Kerguéhennec en 1991.