Arrêt sur l'image

Thomas Huber

11 janvier
9 mars 1997

Expositions à La Criée

Dates

Du samedi 11 janvier au dimanche 9 mars 1997

Dans un tableau, le monde est réinventé. Les regards qui se posent sur le tableau sont réfléchis dans un angle que l'on peut calculer. Ils prennent une autre direction. Le degré de réfraction est d'ordre moral, il permet de regarder le monde sous un autre angle. Je ne pense pas que c'est au monde de changer mais au regard qu'on lui porte. Un léger déplacement de l'axe et le monde pourrait être observé avec plus de bienveillance. 
Thomas Huber, L'Exposition

Présentation

Cette exposition, conçue par Thomas Huber à l'invitation du Frac Bretagne, est une seconde présentation d'un projet réalisé au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne du 6 octobre au 15 décembre derniers. Proposée conjointement par le centre d'art de la Criée et la Galerie du Tnb, cette exposition permet de redécouvrir les oeuvres de Thomas Huber réalisées entre 1992 et 1996, alors que son travail n'a pas été présenté dans une institution françaises depuis les expositions du Musée National d'art moderne de Paris et des Musées de Strasbourg en 1989.

Le centre d'art de la Criée présente un ensemble d'œuvres autour du tableau intitulé L'Exposition (1994) qui suit le parcours d'une peinture, depuis sa création dans l'atelier, son exposition et son séjour en réserve. « Le Tableau s'intitule L'Exposition, il s'interroge sur sa propre présentation, et s'expose lui-même. » Ce court extrait du discours Mesdames et Messieurs – que l'artiste prononcera le jour du vernissage – témoigne de la manière dont l'œuvre de Thomas Huber existe par les peintures elles-mêmes mais aussi les dessins préparatoires et les discours. Ils constituent trois seuils d'élaboration de l'œuvre, et trois niveaux de lecture et de questionnement de l'image pour le spectateur.


La peinture de Thomas Huber frappe par la lisibilité de chaque forme, sa facture naïve, la vivacité des couleurs et l'abondance des figures représentées. Le spectateur explore la surface du tableau, interroge les énigmes iconographiques, la narration fictive. Poursuivant depuis 1982 son exploration de la frontière entre l'image et le discours, l'espace du tableau et celui du spectateur, Thomas Huber questionne ici le moment de l'exposition et la place qu'y occupe le tableau. L'artiste nous raconte ce qu'est la pratique de la peinture, sa genèse mais aussi le contexte de sa conception, entre l'universalité des questions qu'elle soulève et le quotidien de sa réalisation. 
C'est ce quotidien qui émerge très souvent dans les œuvres rassemblées à la Galerie du Tnb autour de l'atelier. À la fois habitation de l'artiste et lieu de travail, le peintre y est occupé par la réalisation des tableaux et par les nombreuses sollicitations de la vie familiale. Thomas Huber s'est en effet toujours amusé à infiltrer sa peinture d'allusions personnelles pleines d'humour : le mariage, les naissances, les jeux d'enfant, accompagnés de références plus précises aux éléments constitutifs de la peinture, sont autant d'ingrédients de la naissance de l'image. L'artiste rend compte d'une peinture qui, si elle interroge ses fondements, n'est pour autant jamais coupée de la vie.

Artiste