David Diao
Artiste
Histoires et Fictions, peintures récentes de David Diao, l'exposition présentée à Rennes conjointement à la Galerie du Tnb et à la Criée, Centre d'Art Contemporain, compte près de 20 peintures choisies parmi trois ensembles développés récemment par l'artiste.
David Diao commence à peindre au cours des années soixante à New York dans le contexte de l'Abstract Painting dominé par les théories de Clement Greenberg. Dès alors il rencontre Barnett Newman et Ad Reinhardt qui l'influencent durablement ainsi que Mark Rothko et Clyfford Still. A partir de 1974, il s'oriente vers une peinture exclusivement géométrique qui lui semble allier une dimension intellectuelle à un vocabulaire accessible à tous. Tandis qu'il en épuise rapidement le principe, ses recherches concernent les sources de l'histoire de l'abstraction. Quand il réémerge au milieu des années quatre-vingts, après une interruption de quelques années, son travail a pris une tonalité nettement historique et critique.
Variations autour d'une photographie de l'installation de Malevitch lors de 0.10, la dernière exposition futuriste à Petrograd en 1915, ses peintures combinent signes, sigles, signatures, formes, géométriques ou non, issues des images de l'avant-garde, tout en conservant d'évidentes qualités formelles et matérielles. Comme le souligne Stephen Westfall dans un article de 1986, l'usage que fait David Diao de l'histoire de l'art n'a rien de parodique : l'appropriation, ici, vise non pas à éliminer la peinture, mais à y retourner.
Histoires et Fictions, peintures récentes de David Diao, l'exposition présentée à Rennes conjointement à la Galerie du Tnb et à la Criée, Centre d'Art Contemporain, compte près de 20 peintures choisies parmi trois ensembles développés récemment par l'artiste.
Au début des années quatre-vingt-dix, David Diao poursuit son investigation esthétique de la modernité en analysant la production de l'un de ses modèles : Barnett Newman. Il réalise une série statistique de format et de style typiquement « newmanien » et fort spectaculaire.
Dans le chapitre Histoires, l'exposition montre également une série déduite de la précédente : cette fois, l'artiste devient son propre sujet d'enquête et transforme sa carrière en base de données. Celles-ci sont triées, ordonnées et transcrites à la surface de la toile. En dévoilant ce qui jamais n'est dit, et qui sous-tend le système artistique, David Diao emprunte une voie étroite entre l'auto-observation insignifiante voire triviale et le constat socio-historique.
Dans le dernier ensemble, l'artiste joue de Fictions et se met en scène lors de manifestations qui constituent la consécration dans le monde de l'art : la pseudo-exposition de ses 25 ans de peintures au MoMA, Musée d'Art moderne de New York, sa rétrospective rêvée au Centre Georges Pompidou. Les grandes toiles juxtaposent les éléments du code propre à l'institution - couleurs, typographies - à une imagerie perturbatrice qui, à plusieurs reprises, rappelle les origines chinoises de l'artiste.
David Diao, qui a su élargir ses premières problématiques modernistes, y incorporer une dimension politique et une rigueur non dénuée d'un subtil humour, montre que la mort annoncée de la peinture peut, encore, être différée.
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