Gilles Mahé présente l’École intercommunale de dessin du bocage Vitréen

Gilles Mahé, Yvan Salomone

9 octobre
27 novembre 1993

Expositions à La Criée

Dates

Du samedi 9 octobre au samedi 27 novembre 1993

Présentation

Depuis plus de trois ans, La Criée a développé un service éducatif original basé sur la mise en relation de diverses compétences : enfants, enseignants, étudiants d'histoire de l’art, artistes et médiateurs ont collaboré, portés par la dynamique expérimentale propre au centre d’art. Lieu de recherche et de diffusion, ni atelier d’artiste, ni musée, La Criée a voulu stimuler par ses activités pédagogiques de nouvelles relations à l’art. De la même manière qu’un programme d’exposition s’élabore en fonction des expériences passées, la rencontre avec Gilles Mahé, nouvellement promu directeur de l'École de dessin intercommunale du bocage vitréen, ne pouvait que déboucher sur cette exposition.

« L’idée générale du projet est d'initier les élèves à l’art du XXᵉ siècle en abordant des techniques et des traitements différents. Pour les plus jeunes comme pour les adultes, chaque cours commence par une brève séance de lecture d’image autour d’une œuvre célèbre. Les professeurs induisent donc chaque sujet en diffusant les informations sur un artiste, un thème, une technique. Les sujets ainsi définis (un portrait, un paysage, un métier, un objet,…). Les sujets ainsi définis (un portrait, un paysage, un métier, un objet…) sont traités en cours. L'ensemble des ateliers de l'École travaille sur un format unique (21 x 29,7 cm)… À l'issue de chaque séance, tous les dessins sont conservés par les professeurs qui en choisissent au maximum 4 par atelier. Parmi ces quatre (4) dessins choisis, un seul dessin est sélectionné (par le directeur). Les dessins sélectionnés sont marouflés (encollés) sur châssis toilés et répertoriés par l’École. Les autres sont restitués à leurs auteurs. Les élèves souhaitant conserver leurs originaux peuvent les récupérer après en avoir fait réaliser une copie couleur par l'École. Ces copies couleurs sont alors marouflées sur la toile à la place des originaux ». Gilles Mahé, in Journal de l'École. 

À la fois bilan d’une année de travail, et présentation des différentes articulations de cette forme d’enseignement décentralisé en milieu rural, il s’agit également de promouvoir ici l’application d’idées auxquelles nous travaillons à notre manière ; au moment où beaucoup s'interrogent, et pas seulement dans le domaine de l’art, sur la validité des formations, des diplômes, et de leurs débouchés.
Cependant, une autre question mérite d’être posée. Comment un artiste aujourd’hui peut-il intégrer à sa propre démarche un tel projet, et le revendiquer ? On connaît l’engagement de certains artistes constructivistes (Malevitch, Rodtchenko, Moholy-Nagy…) dans de telles entreprises et les différentes versions du Bauhaus constituent toujours une forme exemplaire, bien que datée, d’enseignement de l’art. Pour Gilles Mahé, cette nouvelle « casquette » d’artiste/directeur d’école semble tout à fait seyante, tant l'énergie qu’il déploie semble inépuisablement relayée par les acteurs qu’il implique dans son projet. 

Comme le soulignait déjà Didier Semin dans un article justement intitulé « Gilles Mahé médiateur » : « Il n’est pas impossible qu’on méconnaisse Gilles Mahé en raison de sa vertu même, qui est de ne se laisser réduire à aucun style, aucune technique, d’assumer en somme dans toutes ses conséquences le projet avant-gardiste d’un art qui abandonnerait l’idée de discipline »*. Après avoir par exemple donné « Rendez-vous au bar » (FIAC 1985), édité et diffusé une quinzaine de numéros du journal Gratuit depuis 1978, réalisé des peintures de « chefs-d’œuvre d’après descriptions »… et été promu Chevalier des Arts et des Lettres, Gilles Mahé réapparaît… « excentrique, lucide, peu étiquetable »**

« Avec ses projets en tête, il passe et les choses s'animent, les hommes se rencontrent… »***

*Didier Semin, « Gilles Mahé médiateur », in Galeries Magazine, 1989.

**Didier Semin: “Gilles Mahé, médiateur”, in Galeries Magazine, 1989

***Corinne Pencenat: “Gilles Mahé, de la race des respirateurs, in Art Press, 1987. 

Artiste et commissaire