Yvan Salomone
Artiste
« Ces gens à New-York qui s'arrêtent pendant des heures pour observer à travers des ouvertures prévues à cet effet la construction d'un gratte-ciel ou d’un nouvel immeuble ou ces gens à Los Angeles qui aiment parcourir de longues distances pour observer d’un bus ou d’une voiture la nature des faubourgs urbains, ou qui restent assis sur un banc, le long d'un boulevard, à regarder le trafic et les évènements de la ville, m’apparaissent aujourd'hui être ceux qui sont le plus près d'un des thèmes récurrents en art : la beauté naturelle. Comme les spectateurs et les visiteurs des musées et des galeries d'art, ils ont compris intuitivement combien la nature naturelle est devenue insipide et insignifiante en comparaison de la nature industrialisée, et comment l’art correspond à un moment de loisir empreint de dignité durant lequel on passe le temps d'une journée – debout ou assis, à son aise, à regarder à travers un cadre ou une ouverture – à contempler un aspect de nature urbaine. En fait, leur habitude de se placer en face d'une rue bondée ou d'une zone de trafic, d'une zone industrielle ou d'une banlieue, comme zones suggestives capables — comme une plage ou une forêt — de qualités de communication et d'expression illimitées, atteste de la naturalisation de la ville et de l'urbanisation de la nature. Depuis que l’illusion de la nature est une illusion romantique, aujourd'hui irréelle, et donc depuis que la ville est partout, le besoin de contact et la recherche d’un principe d’individuation ne peut pas aller vers un contexte naturel (réduit à une entité métaphysique) mais doit plutôt s’appliquer à un territoire réel et concret qui aujourd'hui est sans aucun doute celui du paysage urbain. » G. Celant, « Urban Nature: the work of Maria Nordman », Artforum, mars 1980.
Remplacez les images évoquées par Germano Celant par des chantiers navals, des ports, des quais… et vous aurez une idée de l’origine du travail d’Yvan Salomone. Ce jeune artiste auquel la Criée consacre une première exposition personnelle promène d'abord l'objectif de son appareil photographique (ou de sa caméra vidéo) dans ces sites industriels si particuliers que sont les zones portuaires.
Accumulant points de vue et repérages, il ramène cette mémoire à l'atelier et y reconstruit de longs dessins panoramiques sur papier. Ces reports photo (ou vidéo) graphiques aux dimensions singulières (près de 5 m de long x 0,80 m de haut) sont exécutés avec les outils traditionnels du dessin : crayon, aquarelle, lavis, fusain, huile… dans un rapport d’économie de l’image tout à fait précis et maîtrisé.
Hormis une série de documents vidéo de repérage, l’exposition présentera un ensemble d’une vingtaine de dessins panoramiques. Elle sera accompagnée de l’édition d’un catalogue (en collaboration avec la galerie Joseph Dutertre, Rennes).
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