Conversation 

Fabrice Hybert

12 décembre 1992
30 janvier 1993

Expositions à La Criée

Dates

Du samedi 12 décembre 1992 au samedi 30 janvier 1993

Présentation

« C’est avec une inlassable curiosité, une extrême liberté que Fabrice Hybert développe son travail depuis plus de six ans. Né en 1961 à Luçon, expérimentateur et homme de science, humoriste et amuseur, il sait allier l'esprit inventif de Léonard de Vinci à celui, plus provocateur, de Marcel Duchamp. Des petits dessins d’humour, qui sont aussi à voir comme des esquisses pour des projets futurs, des peintures dites « homéopathiques » dont les vertus curatives devraient agir sur le regard du spectateur, au plus « grand savon du monde », véritable phénomène sculptural, le propos de l’artiste s’annonce disparate et changeant. Mais, il élabore cependant une vision cohérente du monde, profondément actuelle, dérisoire et grave, autant qu'absurde. L'artiste aborde une relation entre l'homme, la nature et la science qui, tout en relevant du jeu, implique tous les risques des développements incontrôlés. Croissances cloniques, reproductions artificielles, contaminations, dénotent dans l'œuvre de Fabrice Hybert la conception d’une nature humaine instigatrice d'événements imprévus et de nécessaires métamorphoses. » [In catalogue « Périls et Colères », FRAC Aquitaine et capcMusée d'art contemporain de Bordeaux, 1992.]

Ici, dans l’exposition « Conversation », Fabrice Hybert présente trois ensembles :

– « Patron » : une collection de dessins réalisés depuis six ans, dans laquelle il est possible de lire et d'extraire des signes et des indices participant au développement de son œuvre. Présentés pour la première fois en France, ces dessins assemblés ainsi renvoient à l'importance du « story-board », la préparation d’une œuvre cinématographique.

– « Conversation », une rencontre entre « l'Homme gonflable » et « le Père Noël », est l’élément central de cette exposition. Elle est la concrétisation d’un projet commencé depuis quelques années. Son argument est aussi basé sur un jeu de rôles : le dialogue entre le prêtre (ici muté en père Noël) et le moribond (en homme gonflable) est repris des « 120 jours de Sodome » de Sade. « L’Homme gonflable » porte sur lui les traces de cette rencontre et il est entouré par des œuvres antérieures. Dans « Sans titre » de 1989, il est possible d’apercevoir les onze orifices de l'homme à travers une couche de peinture et, par-dessus cet écran, le dessin en rouge du père Noël avec sa hotte est interrompu par un autre faisant penser à la forme de « l’Homme gonflable ».

À Bessines en 1991, Hybert a réalisé une fontaine : un homme vert à l’échelle 1/2, dont quatre de ses onze orifices propulsent de l’eau. « Chaque élément désigne un même lieu, mais multiplié — le lieu est ici l'Homme de Bessines — dans des fonctions chaque fois différentes, la fonction prise dans le sens de commune. Nous sommes confrontés exclusivement à la fonction, jamais dans le lieu de la commande. Cette attitude génère de nouvelles règles. L’archaïsme de l'Homme de Bessines est une invention. Ce désir de fiction n’est pas sans conséquence : il devrait être le point de départ de la recherche du modèle post-image. Sans doute existe-t-il, et désormais avons-nous les moyens de le retrouver, et de l’identifier, ailleurs, partout. » [In « L'homme de Bessines », Fabrice Hybert, septembre 1991]

« Tout le monde ensemble » de 1988 est un tableau sur lequel 17 images de squelette imprimées sur rhodoïd sont superposées. « Si nous étions tous présents sur terre, nous serions dix-sept fois plus nombreux », dit-il.

- « 1 m2 de rouge à lèvres », 1981, s’oppose dans cet accrochage à quatre dessins intitulés « Limite inférieure de casting » de 1992. Un tableau abstrait (dont la peinture est du maquillage) est confronté à la proposition dessinée par Fabrice Hybert à partir de quelques informations tirées des écrits de Sade sur les quatre personnages principaux de la fiction. « Le fonctionnement d’un corps est aussi un modèle de circulation, une organisation du mouvement des éléments. On le voit dans votre projet de fontaines… Le tableau « Tubes », 1989 (fusain sur toile, 150 x 180 cm), montre aussi un rapport quasi viscéral des éléments entre eux, une communication interne (cachée) mais qui débouche aussi sur l’extérieur. » (Catherine Strasser, « Mené dans le silence », in Hybert, éd. du DAM, 1989.)

Fabrice Hybert a participé à plusieurs expositions collectives, dont la première Biennale de Lyon, « L'amour de l'art » en 1991, et « France, Troisième Génération », Expo 92, Séville (Espagne). Deux expositions personnelles sont prévues à l’automne 1993 : aux Galeries contemporaines du Centre Georges Pompidou, Paris, et au CAPC Musée d’art contemporain, Bordeaux.

Artiste et commissaire