Patrice Carré
Artiste
Le bois avance… ou seraient-ce plutôt les « Tapis instantanés » que Patrice Carré fait flotter au-dessus de nos têtes ? Pendant toute la période des fêtes de fin d'année, un étrange porte-drapeau tournant, « Sexe-tête », semble guider les tapis vers la Criée, comme pour les faire atterrir. Le petit vient juste de franchir la porte. Saisis dans leurs pirouettes en plein vol, ils dévoilent ainsi leurs qualités d'images mécaniques.
Dans l'étrange cabinet acoustique aux 6 aquarelles, un tapis se recharge, tous feux éteints, posé sur deux portes, aux accents magnétiques d'« Au royaume des Sourds, les Borgnes sont Rois ». À hauteur d'œil, les aquarelles, projets avec des portes, certains réalisés, d'autres pas encore. À hauteur d'oreilles, quatre cornets acoustiques, repris des fameux Russolophones (1913), égrènent une composition quadriphonique. Le « Dolmen N°3 NORD-SUD » compartimente l’ambiance sonore et visuelle.
Deux autres dolmens meublent l'exposition. Au fond, « Dolmen N°2 » s’appuie sur le coin de la salle pour former un petit cabinet acoustique. Au-dessus de nos têtes flotte un morceau de plancher découpé en forme de patate. À hauteur d'oreille, une superposition musicale d'un détail de « Carrelage phonique », de Satie (1917) mis en boucle, et d’une retranscription en morse d'une série de jeux que Rabelais faisait jouer à Gargantua. Sur la droite, la « Suite patatoïde » mélange dessin, sculpture, couleur, mouvement, et lumière photographique.
À ses pieds, une boîte à musique géante, « 3,14116 », dissimule un train électrique qui fait tourner une valse du répertoire classique interprétée par Michael Nyman et quatre autres pianistes en 1976. Cette valve géante semble vivante et laisse passer la musique par intervalles.
Une autre œuvre intermittente est nichée à gauche. L’automate se mettra en marche sous l'impulsion du pied et agitera de l’air en geignant : le bois grince…
Comme « Sexe-tête » qui vous accueillit tout à l'heure, vous trouverez trace du « Groupe d'agitateurs » dans la série horizontale de notes photographiques sur fond bleu. Assemblages d’allumettes peintes en blanc, ils permettent de réaliser des dessins dans l'espace photographique, hors d'échelle. Agrandis ensuite par le biais de la sculpture, ils deviendront automates doués de mouvements mécaniques.
Au centre de la grande salle, s'érige un nouveau dolmen : une grande plaque de verre patatoïde repose sur un labyrinthe acoustique formé par quatre portes âme-pleine plaquées acajou. Patrice Carré nous propose ici sa vision « sous le monde ». Quelques scènes de jouets Playmobil habilement choisies y sont mises en vue, associées à quelques galets, une ferme, quelques policiers, une gare, un chantier, le terrain du géomètre forment la couronne. Depuis le labyrinthe, on pourra voir sous un groupe de 3 fantômes près d'un lampadaire (hommage à Alain Séchas et clin d'œil à « La Pieuvre », La Criée, 1990). Un groupe de singes s'agite plus loin, près d'un arbre. Deux d'entre eux s'approchent d'une classe de sciences naturelles où l'on étudie l'Iguanodon. Plus loin, un naufragé agite le bras sur un radeau de fortune.
Une autre boîte à musique occupe l'autre partie de la grande salle. Une forêt de colonnes acoustiques plaquées acajou diffuse un catalogue de sons où l'on reconnaît le mangeur de biscottes, le coucou, l'air de Carmen de Bizet…
On retrouve plus loin le dessin préparatoire de « Délits d'initiés ». D'abord réalisée à l'échelle humaine (chapeau et plancher), l'œuvre a été réduite en taille et augmentée en nombre, y sont associés quelques extraits de la série déjà ancienne des « Exercices au pick-up ». Réalisée à partir d'une platine de pick-up photographiée du haut, d'abord à l'arrêt, puis en mouvement, cette suite cibachrome décline le langage, le plan, le volume, la couleur, l'aléa… même les animaux du 200 Playmobil y tournent déjà.
À l'écart, la « Fusée » est en phase de préchauffage. Superposition de cubes d'allumettes géantes, l'engin propulsé au butane va bientôt décoller… Tout près, une série de 6 paires de dessins préparatoires à la série des « Chaud-boats ». D'abord prises d'empreintes de semelles de fers à repasser sur carton, puis report sur papier millimétré et analyse des courbes en vue de l'agrandissement. Cette série a fait l'objet d'un agrandissement sculptural en plancher (non présent dans l'exposition).
Enfin, un projet de fontaine (non réalisé à ce jour) sous la forme de trois dessins où l'artiste envisage d'utiliser la force aquatique. Au sommet d'un vaste cône en bois étanche, une girouette tourne sur elle-même, propulsée par l'eau qui dévale une gouttière jusqu'à un bassin.
Comme le bois avance, les planchers flottent, l'eau court, les tapis sont pris en plein vol, les âmes pleines entre deux feuilles d'acajou, les chapeaux gardent leurs secrets, les automates brassent de l'air, … et la caravane passe…
La Criée vous présente ses meilleurs vœux depuis le dessous du monde Patrice Carré.
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