Yannick Miloux
Commissaire
Pendant toute la période des fêtes de fin d'année, un gigantesque « casse » a lieu en continu en plein centre-ville, à la Criée.
La bande est certes organisée, et surprise en plein vol, mais la situation semble grotesque, curieusement coordonnée. Pour saisir tous les détails de ce qui n'est qu'au fond qu'une vignette de bande dessinée démesurément agrandie, il faut tourner autour de l'enclos vitré, le long des huit points de vue que forme l'octogone. On aperçoit petit à petit tous les détails : l'alliance, les yeux fascinés du bijoutier, sa cravate, la pieuvre est suspendue, le coffre est ouvert… puis la scène s'élargit, et l'on reconstitue l'histoire.
Une bijouterie de luxe est dévalisée en permanence par une bande organisée. Prétextant d'essayer une bague de mariage, un couple s'est introduit dans la boutique. Une énorme pieuvre blanche et un fantôme en nœud papillon et chapeau haut de forme commettent leur larcin. Pendant que la mariée hypnotise le bijoutier, elle s'empare de tous les bijoux, fouille dans le coffre-fort, et les distribue par-dessus la vitrine au reste de la bande organisée. Au fond, deux fantômes se précipitent vers le même caillou. La pierre d'à côté n'a personne pour la recevoir. Derrière le coffre, un fantôme ahuri s'étonne, tandis qu'un dernier complice attend près de la porte, au volant d'une voiture.
Les quatre autres dessins de l'exposition sont aussi agrandis. Projetés sur des « silhouettes » ou en deux dimensions sur des toiles, les dessins sont agrandis par le biais d'une diapositive. Les graphismes diffèrent, mais surtout leur agrandissement les éloigne.
« Silhouettes » figure ce qu'il faut bien appeler une curieuse « usine à sexe », mais n'est-ce pas là une allusion à la prostitution : un yéti débonnaire, vautré dans un hamac, surveille un groupe d'étranges sirènes, un bocal (encore ?) sur le dos. Les huit pin-ups, toutes différentes, mais la même posture à quatre pattes, impeccablement alignées, évoquent une sorte d'usine (à gaz ? ). Au-dessus, une vue plus large, un paysage urbain, au-dessus duquel pissent des nuages à la mine plutôt réjouie. Certains passants ont ouvert leur parapluie… Ce qui tombe du ciel n'a pas l'air très propre. Des pluies acides ?
Ailleurs, une grande araignée se relaxe, sous un parasol, sirotant une boisson rouge, très rouge. Comme mis en quarantaine, dans son coin, le fumeur (nous parlions de pollution) assouvit son penchant, c'est le moins que l'on puisse dire. Il a de quoi être stressé au vu de cette « situation urbaine » : le luxe, le commerce, le vol, la luxure, la pollution, etc. L'ensemble de ces planètes est plutôt interprété par des monstres (yéti, araignée, fantômes, pieuvre) rendus fort sympathiques, soit par leur aspect (le blanc), soit par le rôle qu'ils jouent.
Pour être complet, il faudrait parler de la « ligne claire », de Robert Crumb, de Constantin Brâncuși, de Marcel Duchamp, de Dan Graham, de Claes Oldenburg… Les spécialistes apprécieront…
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