Jacques Lizène
Artiste
L'exposition de Jacques Lizène à La Criée constitue la première rétrospective (rapide) en France des œuvres du « petit maître liégeois du XXe siècle ». Né en 1946 à Ougrée, l'artiste de la Médiocrité comme Art d’Attitude poursuit depuis plus de 20 ans un travail tout à fait têtu et caustique. Sa démarche artistique consiste à vouloir introduire la « médiocrité » dans l’histoire de l'art, en insistant sur la consécration de celle-ci (la médiocrité) comme liberté. Depuis 1965, il exerce son « art de la Médiocrité » sous toutes les formes.
Dans un texte critique paru récemment, Carmelo Virone écrit : « La médiocrité, pour Lizène, est un style et une position. Il faut aussi considérer que c’est le fondement d’une liberté d’écriture et de communication. Dans la mesure où l’artiste ne doit pas faire preuve de talent… il peut se permettre, selon ce qui lui convient ou ce qui l’amuse, de passer d’une technique et d’un médium à l’autre : dessins « néo-rupestres » (« minables »), peinture (« nulle », « médiocre » ou « vraiment médiocre »), sculptures et vidéos (toutes aussi « nulles »), fragments de fresque, séquences photos, musique « non-séductive » minable music-hall et chansons médiocres. [...] Lizène n’est pas contraint, comme tant d’autres, de se montrer à la hauteur. Il n’a aucune précellence à justifier, aucune réputation de qualité à préserver. »
Sa pratique de l'auto-historicité, sa manie des dates, des projets réactualisés, embarrassent considérablement la critique. Non seulement Lizène marche sur les plates-bandes de l’esthétique (puisque son art est médiocre), mais, de plus, il s’accapare sa propre histoire.
Attitude schizophrène, témoin d’une énorme ambition à vouloir être un « minable », les pratiques médiocres de Lizène font de lui, selon BEN, un « paradoxe vivant, un angoissé de la gloire, un égoïste non égoïste. Lizène, c'est le désespoir devenu humour ».
Dans les mêmes notes critiques rédigées en 1985, BEN ajoute : « Lizène a pris un chemin difficile pour atteindre la célébrité, comme Jésus. [...] Je préfère Lizène à Beuys car Beuys ment et Lizène pas. Lizène me fait penser à G. Brecht qui m’a dit : « Je veux être le 17ᵉ et pas le 1ᵉʳ, parce qu'être autre est plus difficile. Lizène fut un des premiers à considérer son travail comme de « l'art d’attitude », et à comprendre qu’après Duchamp, l’art ne pouvait innover que s’il cultivait une attitude.
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