Restitution des fanzines à l'école Jacques Prévert

Quelques mois après la fin de la résidence de recherche et de transmission de Jérémy Piningre en collaboration avec Aëla Maï Cabel à l'école élémentaire Jacques Prévert, l'équipe de médiation de La Criée est retournée à l'école pour restituer aux 6 classes de CP-CE1 l'objet tant attendu : les fanzines ! Fruits d'une année de travail et d'échanges entre les élèves et les artistes, lors de différents ateliers, ces publications artisanales viennent conclure la résidence. Ce moment fut aussi l'occasion de découvrir en images l'exposition Bienvenue à La Criée ! actuellement présentée au centre d'art.

Redécouvrir La Criée autrement

Lorsque Amandine Braud, médiatrice culturelle, arrive dans les classes, les enfants la reconnaissent instantanément.  « C'est la dame de La Criée ! » s'exclament-ils, un lieu qui leur est désormais familier. Répartie en trois temps avec les six classes, Amandine Braud leur présente des diaporamas de photos de l'exposition actuelle, Bienvenue à La Criée !« Vous avez changé La Criée ! » dit une élève. Il est vrai que les enfants avaient découvert quelques mois auparavant les expositions d'Hélène Bertin avec ses sculptures de corps en mouvement et de Marcel Dzama et son univers fantasmagorique. Mais depuis le 12 juin, La Criée s'est métamorphosée. Amandine Braud leur dévoile en images des vues de l'exposition, composée de panneaux muraux, que les visiteur·euses peuvent faire coulisser pour concevoir leurs propres murs et expositions. Elle leur présente le jeu Rejouer La Criée ainsi que la bibliothèque et le mobilier, pensés comme un salon d'ami·es. Au fil de la projection, Amandine Braud s'attarde sur une œuvre et leur demande : « Est-ce que vous savez qui l'a réalisée ? » Sans une once d'hésitation, les élèves s'exclament : « Jérémy Piningre ! »

Les Gumes s'invitent à La Criée !

Les enfants observent alors avec émerveillement les photos du panneau coulissant réalisé par Jérémy Piningre et Aëla Maï Cabel spécialement pour l'exposition, composé d'une pièce textile et d'une peinture. La médiatrice explique la méthode singulière de fabrication du rideau d'Aëla Maï Cabel, fait à partir de teintures végétales (indigo et garance) et confectionné grâce à l'assemblage de tissus cousus entre eux pour former un patchwork. À travers les photos d'Amandine Braud ouvrant progressivement le rideau, image après image tel un film en stop motion, les enfants découvrent la peinture tout droit sortie de l'univers artistique de Jérémy Piningre, qu'ils connaissent désormais sur le bout des doigts.

En zoomant, ils discernent des petites créatures familières. Amandine Braud leur demande : « À qui ces personnages vous font-ils penser ? » « Aux Gumes ! ». Ces petits êtres joueurs et farouches tirés du livre illustré Les Fruits et Les Gumes de Jérémy Piningre, sont une source d'inspiration qui a permis aux élèves d'imaginer avec lui la suite de l'album, Les Appareils et les Ktronics.

En décrivant l'œuvre, la médiatrice ravive la mémoire des enfants et fait émerger la multitude des éléments et d'histoires dont regorge Les Fruits et les Gumes. Dans cette composition à étages présentée à La Criée, l'arbre dans lequel vivent les Gumes rappelle le « Primeur Ponctuel », cette épicerie qui leur sert d'habitation dans l'album jeunesse. Sur le panneau mobile, les Gumes sont endormis. La légende raconte que ce n'est qu'à la nuit tombée, lorsque La Criée est fermée au public, qu'ils se réveillent pour jouer de la musique, partager un repas et faire la fête ensemble. 

« On dirait que c'est le bazar mais l'arbre dans lequel les Gumes se trouvent est juste un peu penché », remarque une élève. En effet, en s'approchant de l'œuvre, on constate que la composition à étages est très bien organisée : au rez-de-chaussée se trouve la cuisine, avec des sacs de provision, une théière, plusieurs couteaux de cuisine et un quartier de pomme, qui parait immense à côté des Gumes minuscules. Au premier étage, les Gumes dorment paisiblement sur des matelas, non loin de leurs instruments de musique (un piano, une guitare) qu'ils pratiquent la nuit pour chanter et danser. Au second étage, à côté des rangements, bocaux, tableaux et pots de pinceaux, une petite araignée coiffée d'un béret peint une œuvre d'art sur une toile : « C'est Jérémy Piningre ? » demande un enfant.

Enfin, Amandine Braud projette des photos de petits personnages, dessinés par certains élèves pendant la résidence, puis brodés sur le rideau d'Aëla Maï Cabel. Un clin d'œil au travail précieux des enfants, qui a contribué à nourrir la réflexion artistique du duo.

Le grand final : la distribution des fanzines

Enfin, vient le moment tant attendu : la distribution des fanzines. Enthousiastes, les enfants s'installent à plusieurs et lisent avec attention leurs livres. Ils cherchent leurs noms et celui de leurs camarades dans le colophon, et n'hésitent pas à échanger leurs fanzines pour obtenir la couleur de la couverture qu'ils préfèrent.

À la fin de ces échanges en classe, les enfants repartent chez eux, tels de petits artistes en herbe, avec cet objet artistique singulier, qui vient conclure une année scolaire riche en découvertes artistiques, en apprentissages, en transmissions, et en échanges.

L'équipe de La Criée s'en va, et certains enfants saluent la médiatrice. « À demain Amandine ! » « À la semaine prochaine ! » Comme si, au fond d'eux, ils espéraient prolonger encore un peu cette aventure artistique et humaine qui a rythmé leur année.