Rencontre avec les Ateliers du regard

Les 23 et 24 mars, La Criée a accueilli les Ateliers du Regard, des cours d'histoire de l'art participatifs proposant des rencontres avec l'art contemporain et ses enjeux. Ces ateliers, menés par Véronique Boucheron avec le PHAKT - Centre culturel Colombier, invitent à la construction et la mise en commun d'expressions critiques et sensibles. Au fil de la visite de l'exposition Le voyage dans la lune de Marcel Dzama, des mots et des impressions ont été collectés par les regardeur•euses. 

Renverser le regard

En fin de journée, alors que le centre d'art s'apprête à fermer, une quarantaine de regardeur·euses, réparti·es sur deux soirs, participent à un atelier autour de l'exposition de Marcel Dzama. En amont, iels ont été invité·es à découvrir l'exposition sans aucune information préalable sur l'artiste.

À leur arrivée, iels s'installent dans la grande salle de projection pour voir le film To Live on the Moon (for Lorca). Sans présenter l'artiste, Véronique Boucheron leur demande de choisir deux mots (l'un pour décrire l'exposition, l'autre pour leur rencontre avec celle-ci), puis de formuler une phrase sur leur expérience sensible de l'œuvre.

Ce n'est qu'après cet échange, mêlant descriptions et impressions, que Marcel Dzama et le contexte de l'exposition sont présentés. Les ressentis précèdent ainsi les connaissances, un renversement du regard qui permet, selon Véronique Boucheron, de faire de « l'atelier un temps de partage des expériences, puis d'informations et de questionnements ».

Autant de mots que de sentiments

Dans les mots et ressentis recueillis, ce qui frappe d'emblée les regardeur·euses est la richesse des médiums, la diversité des formes et des couleurs. Cette profusion, parfois perçue comme un foisonnement « qui part dans tous les sens », peut d'abord désorienter. Pourtant, ce sentiment est vite compensé : les multiples univers de Dzama permettent de retrouver des éléments familiers. Les regardeur·euses y reconnaissent des clins d'œil à des références artistiques et cinématographiques telles que David Lynch, Salvador Dalí, Germaine Dulac, ou encore le mouvement Dada, qui sont des repères pour comprendre les œuvres.

Cet univers immersif les entraîne dans une dimension surréaliste, décrite tour à tour comme déjantée, mystérieuse, absurde, fantasque, carnavalesque, fantasmagorique ou encore clownesque. Certain·es évoquent la sensation d'être happé·es dans une sorte de « conte de fées macabre », un « cabinet de curiosités » où domine un sentiment de liberté.

Un autre aspect largement souligné est la dualité de l'œuvre de Dzama : une tension permanente entre le gai et le glauque, la joie et la terreur, le rêve et le cauchemar. Cette ambivalence renforce une expérience captivante, qui s'inscrit dans cette « inquiétante étrangeté », à la fois angoissante et ludique.

Enfin, plusieurs regardeur·euses soulignent l'humour présent dans le travail de Dzama. Certain·es le remercient même pour ces moments de légèreté : « Merci d'avoir proposé des films drôles dans la petite salle. »

Au fil de l'atelier, un sentiment général se dégage : beaucoup expriment l'envie de revenir. Cette première visite a permis d'accrocher, comme le disent certain·es regardeur·euses: « je reviendrai m'en imprégner davantage parce que c'est très varié. »  Une envie de revenir apparaît, pour prolonger l'expérience et en poursuivre la découverte.

Témoignage de Laurence

« J'insisterais sur le fait que j'ai trouvé les tableaux attachants par leurs couleurs, leur graphisme, la richesse des évocations qui ne se décryptent pas immédiatement, sans que ce soit un obstacle au plaisir de la contemplation. Ce qui me reste pour l'instant (car j'y retournerai) : le contraste entre les côtés joyeux, carnavalesques et le surgissement de la violence et de la gravité des messages. »